Communistes libertaires de Seine-Saint-Denis

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Point de vue

Non, je n’habite pas en « région parisienne »

vendredi 25 avril 2014, par Scapin.

Il est d’usage de parler de « région parisienne » en lieu et place de l’Ile-de-France. Ce tic sémantique est répandu tout aussi bien dans le milieu militant que dans les média.

J’habite en Seine-Saint-Denis, et je suis exaspéré par cette préemption parisienne sur la région. Non, je n’habite pas en « région parisienne ». En Ile-de-France, en Seine-Saint-Denis, oui. Mais Paris n’est qu’un département de la région, un département à côté de la Seine-Saint-Denis, au même titre que le Val-de-Marne ou la Seine-et-Marne.

Cette dénomination de « région parisienne » est l’expression triomphante d’un tropisme parisien malsain. Elle affirme une inégalité entre les collectivités constituant l’Ile-de-France : il y aurait Paris d’une part, en position de prééminence, plus importante que tout le reste ; et le « ventre mou » des autres départements, secondaires, vassaux de fait soumis aux volontés et aux caprices de la « Capitale ». Il y aurait donc les événements importants, les mobilisations et les luttes qui comptent : celles qui se déroulent à l’intérieur du périph’ ; et les autres, qui ne comptent pas, ou moins (nettement moins). Et cette hiérarchie semble parfaitement intégrée dans le milieu militant, y compris, faisons aussi notre autocritique lorsqu’elle est nécessaire, chez les libertaires. Il y a comme une incohérence avec un projet fédéraliste...

On rétorquera probablement que c’est certes malheureux, mais que ce n’est que le reflet de la réalité française et du fonctionnement jacobin de la France. Est-ce une raison pour s’en satisfaire, et pire, est-ce une raison pour renforcer ce pariosianocentrisme en adoptant la jargon lourdement chargé idéologiquement du jacobinisme dominant ? A ce compte, pourquoi ne pas renommer la France en « pays parisien », tant que nous y sommes ?

Le fait que la population parisienne représente un peu moins d’un cinquième de la population de de l’Ile-de-France justifie-t-il d’occulter ainsi au quotidien, dans le langage courant, les 80% de Franciliens et Franciliennes qui ne vivent pas à Paris ? On peut également s’interroger sur l’influence du fait que le salaire moyen des Parisiens et Parisiennes soit 65% plus élevé que celui des Séquanodyonisiens et Séquanodyonisennes. Un tropisme bourgeois (ou petit-bourgeois) ne se cumulerait-il pas avec le tropisme jacobin ?

Cette question des mots peut paraitre secondaire, voire ridicule. Mais faire de la politique, c’est aussi s’en prendre à des symboles. De même que l’effort rédactionnel pour mettre à égalité hommes et femmes, masculin et féminin, dans les tracts et articles(1) est un symbole d’engagement antipatriarcal, le rejet de l’appellation « région parisienne » doit être un marqueur politique, au même titre que le rejet du terme de « banlieue » (dont l’éthymologie est apparentée à.. « bannir » !).

A l’heure où les départements de la « petite couronne » sont promis à être dévorés par l’ogre parisien au sein du « Grand Paris » (tiens, tiens, encore Paris au centre de tout), avec un très probable renforcement des inégalités territoriales, il n’est pas inutile de remettre en cause ce genre de sales habitudes de langage.

(1) Le mensuel Alternative libertaire contient systématiquement l’indication : « Nos textes et notre iconographie s’efforcent de mettre en avant le rôle des femmes et des minorités sexuelles. Comme méthode de féminisation nous privilégions la périphrase et la répétition »

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